Beauté Interviews

RENCONTRE EXCLUSIVE AVEC JOËLLE CIOCCO

Papesse de l’épiderme, icône, scientifique et entrepreneuse de talent, nous avons eu la chance de passer quelques heures en compagnie de Madame Ciocco.

Pour celles et ceux qui ne le saurait pas, Madame Ciocco est à la beauté ce que Karl est à la mode : gourou, intrigante, intransigeante, sa réputation la précède, tout et son contraire ce dit à son sujet. Elle nous reçoit dans son institut, la lumière naturelle y est soigneusement domptée, l’ambiance y est feutrée. Elle accorde très peu d’interview, elle le reconnaît, elle choisit ses interlocuteurs. Nous sommes flattées de cette marque de confiance. En femme franche et directe, nous rentrons rapidement dans le vif du sujet. Madame Ciocco nous embarque, en quelques minutes à peine, dans son univers.

« Un métier, épidermologue »

En femme passionnée mais également en qualité de scientifique, elle prend à cœur de nous expliquer les fondamentaux, ce qui l’a poussé à faire de la recherches. Madame Ciocco est dans le mouvement. Elle fait partie de ces femmes tenaces, qui en ont comme on dit. Toujours à la recherche de l’excellence, avec l’élégance de ceux qui flirte avec le succès. Un succès largement mérité. Un succès auprès d’une clientèle exigeante, difficile à contenter, mais qui lui reste fidèle tant elle est professionnelle et passionnée. Elle défriche pour les autres, est contestataire parfois, mais souvent avec raison. Elle est même à l’origine d’un métier : épidermologue. Sa marque de fabrique, ce qui la différencie des autres, c’est « le terrain et l’expérience du soin » selon elle. Une recherche in vivo quand d’autres n’expérimenteront que l’in vitro. Les heures passées à scruter, analyser, réparer et embellir les peaux des autres, intuitive parfois, scientifique toujours, ses compétences se croisent pour vous lire et vous accompagner.

« La peau est dans l’événement »

La peau, cette membrane toujours au centre de tout. La clé? La comprendre. Quid de la peau? Pour elle « On l’a rend dépendante du cosmétique, alors que le but serait de la respecter, de la faire fonctionner, de l’optimiser et ensuite avec la cosmétique de la supplémenter ». Elle présente la peau différemment, elle dit de la peau qu’elle est « dans l’événement. C’est l’évènementiel perpétuel, tous les jours sont des évènements pour la peau ». Alors quand on parle d’évènements, on pense automatiquement à réactions : « cette membrane doit réagir et être optimisée face à ces évènements, donc le rôle premier du cosmétique c’est l’hygiène à commencer par le nettoyage de la peau ». D’où la question qui nous taraude tous : quels sont les bons gestes pour un nettoyage parfait ? Eau micellaire, huile, pain, gel, coton, eau, brosses de nettoyages? Les options sont telles, qu’elles nous donnent le tournis.

« Il faut vous nettoyer deux fois »

Pour Madame Ciocco, « il faut vous nettoyer deux fois ». Le fameux double nettoyage. Mais pourquoi? « La peau est polluée par l’extérieur et par l’intérieur, par le résiduel. Il faut faire comme pour vos vêtements, vous les lavez puis ensuite vous allez vous lavez ». Bon sang mais c’est bien sur! Pourquoi sommes nous plus soigneux avec notre corps qu’avec notre visage ?

« D’abord faire ré-exister la membrane »

Dans les faits, Madame Ciocco vous recommande d‘ « utiliser un produits nettoyant pour nettoyer cette membrane, donc ce vêtement », vêtement qui peut être pollué par vos produits solaires ou votre maquillage. L’idée étant de «choisir un démaquillant qui ne sera pas dépendent de la qualité de votre peau puisque le nettoyant est fait pour nettoyer, non pas pour embellir ».

Ensuite seulement, lorsque «la membrane est débarrassée de la pollution, on travaille sur les défenses cutanées afin d’optimiser justement ces défenses. Par exemple, il faut garder en tête que c’est la peau qui va confectionner son anti-âge, pas le sérum d’un tel ou d’un tel. Tous les produits peuvent être bon, mais la clé est de comprendre quel est le produit qui vous convient. Il faut d’abord faire ré-exister la membrane en la respectant par le nettoyage, puis on peut penser à optimiser ».

Faire ré-exister sa membrane, ça prend du temps et de la volonté «il faut trois mois pour reconstituer un écosystème. Par exemple lorsque vous faites un gommage la peau va mettre 3 jours pour retrouver son équilibre, pour recréer cet éco système. Donc pendant ce laps de temps elle va être plus sensible aux agressions extérieures. Vous aurez donc, pendant ces trois jours, intérêt à vous appliquer de l’huile. Là encore peu de gens le savent. Scientifiquement pourtant on le sait, mais le marketing est fait différemment. Aujourd’hui nous sommes davantage dans la supplémentation, nous sommes dans le plaisir et le confort, pas dans l’optimisation naturelle. »

Bien souvent en rendez-vous ses clientes lui disent qu’elles ont une peau déshydratée. « Oui mais de quoi? D’eau, d’huile? ».

 « Un véritable produit de beauté naturel»

Ce qui l’intéresse c’est «l’organe peau, l’épiderme. En dessous c’est pour les médecins. Mais si vous faites un beau travail extérieur vous optimisez des échanges gazeux, des défenses naturelles, donc c’est plus efficace pour lutter contre le vieillissement que tous les produits qu’on pourrait se mettre sur la peau». La peau est un organe complexe et fascinant, et contient déjà beaucoup d’atouts pour agir comme un bouclier. « Les kératinocytes * et les cellules épithéliales mettent à peu près 21 jours pour venir mourir sur la couche cornée**. C’est ensuite cette couche qui va fabriquer le vrai film, la vraie membrane. Ces cellules contiennent naturellement des corps gras, de l’eau, des filtres solaires… Alors même si les kératinocytes sont dépendantes de la génétique, elles sont également dépendantes de votre présent et de votre passé. Elles se construisent par le monde intérieur et se détruisent par le monde extérieur, mais elles possèdent à la base tout pour constituer un véritable produit de beauté naturel ».

Comprendre quelles sont vos défaillances pour mieux les maîtriser, c’est ça la méthode Ciocco.

« Ma méthode ne peut pas changer votre génétique mais elle peut faire évoluer votre histoire »

Si maintenant vous y voyez un peu plus claire sur l’organe peau et ses spécificités, il existe des moments plus ou moins propices à la régénération de celle-ci. Joëlle Ciocco nous apprend que « la journée elle est beaucoup plus agressées, les mains, les postillons, le téléphone sont autant d’agents polluants pour celle-ci. Elle ne peut pas être existante car elle est dans l’événement. Le matin, il ne faut surtout pas la nettoyer ou éventuellement utiliser une lotion du matin qui va simplement retirer l’exsuda. Il faudra ensuite supplémenter cette membrane en fonction des évènements qui vont rythmer sa journée. La nuit, en revanche, on en profite pour la renforcer ou parfois même la laisser respirer ». Joëlle Ciocco dit qu’elle ne peut pas changer la génétique mais qu’elle peut faire évoluer notre histoire, nous aider à être plus adapté aux évènements extérieurs.

« Prenez des huiles de poissons »

Elle envoi valser également quelques idées reçues. Oui la peau peut recevoir de l’eau, et ne pas la rincer à l’eau du robinet sous prétexte qu’elle est calcaire est une ineptie. L’eau minérale est parfois même plus calcaire que l’eau du robinet. Eau minérale, eau thermale ou eau du robinet faites votre choix l’important c’est que votre peau reçoive de l’eau!

Et boire beaucoup d’eau est-ce que cela aide vraiment à hydrater votre peau? Pour Madame Ciocco, il n’en est rien « boire beaucoup d’eau ne va pas hydrater la peau car quand on va trop aux toilettes, on évacue tous les sels minéraux, donc c’est encore pire, vous n’avez plus rien, donc non, pour hydrater votre peau il vaut mieux se rabattre sur des lipides, prenez des huiles de poissons ».

« L’importance de faire confiance à une marque »

Et ces fameuses routines vendues par les marques? Faut-il vraiment utiliser un sérum et une crème de la même marque, ou est-ce une légende alimentée par le marketing?

Pour Joëlle Ciocco: « Il faut mettre la crème et le sérum qui va avec. Si la crème et le sérum ne se complètent pas correctement, soit vous aurez des imperfections, ou une pollution de la membrane, soit vous n’aurez pas les effets escomptés du produit. C’est important de suivre la routine d’une marque et d’autant plus important de faire confiance à une marque. Pour les produits nettoyants gardez cette logique, ensuite crème et sérum, pareil ! Vous pouvez changer mais au moins essayer de garder la même marque».

On le sait tous, pour avoir une jolie peau il faut également éliminer les toxines par le sport. Non pas pour la plastique mais pour optimiser les échanges gazeux, et aider à la respiration. Les sports de prédilection de Joëlle sont : la gymnastique, un peu de yoga mais surtout de la nage.

« La recherche encore et toujours »

Insatiable, Madame Ciocco a des projets pleins la tête. Elle souhaite proposer des rythmes de massages faciaux sur son site internet. Mais son plus gros challenge et souhait le plus cher serait de monter une école afin transmettre son savoir et sa méthode à la jeune génération. Le plus important pour elle «c’est la délivrance pour changer la face d’utilisation».

Et puis la recherche encore et toujours. Elle aimerait avoir plus de scientifiques sur son chemin. Elle est toujours dans le questionnement «j’ai passé 40 ans, à comprendre, à me demander, est-ce-que c’est bien ce que je fais ? Est-ce-que je vais apporter quelque chose et pas de l’éphémère ? ». De l’éphémère certainement pas, Joëlle Ciocco est belle et bien là, inscrite dans son temps, en avance même sur son temps.

« Jardiner me ramène à mon travail, ce que je fais sur la terre je le fais sur la peau »

Avec une vie aussi remplie et les projets en cours, nous lui demandons comment elle tient le rythme qu’elle s’impose? Son secret? Et si elle trouve le temps de se relaxer!

« Pour me relaxer? En vrai je vais faire du vélo dans la campagne avec nono je nage ça me relaxe énormément et je jardine (j’ai un jardin de fleurs) et comme tout le monde j’écoute de la musique. Jardiner me ramène à mon travail ce que je fais sur la terre je le fais sur la peau. Planter des bulbes et voir la naissance, c’est merveilleux de voir ça, je ne fais que du jardin de fleurs. C’est merveilleux de donner naissance à ce qui va enrichir votre poésie des yeux et du nez puisqu’il y a des parfums extraordinaire ».

Et évidemment elle aime se ressourcer dans des lieux qui lui sont chers comme la baie de somme pour ses grandes plages où « vous pouvez avoir des moments de chauds, de beauté, des envols d’oiseaux extraordinaires et puis une solitude. Vous faites corps avec le temps, le soleil, la vraie vie, les parfums ». Et un endroit moins connu les Açores où vous pouvez expérimenter «les trois saisons en une journée».

« No limit »

Joëlle Ciocco fait partie de ces gens qui vous inspirent, qui vous emportent et vous transportent. Elle le répète souvent, pour elle «rien n’est impossible. On peut tout imaginer, le plus invraisemblable m’est arrivé à partir du moment où vous ne vous posez pas de limites ». No limit donc! Elle aime également se répéter « ici et maintenant, quand vous vous posez des questions, que vous êtes dans l’angoisse, restez dans le présent ». Ici et maintenant avec vous, avec nous.

* Les kératinocytes sont des cellules qui composent à 90% notre épiderme
** couche supérieure de l’épiderme

Joëlle Ciocco
8 Place de la Madeleine,
75008 Paris

Vous aimerez peut-être

Aucun commentaire

Poster un commentaire